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Algérie : les réformes économiques suspendues à la présidentielle de 2019

Algérie : les réformes économiques suspendues à la présidentielle de 2019
Algérie : les réformes économiques suspendues à la présidentielle de 2019

Dans un tout récent rapport, le Fonds monétaire international (FMI) commence son analyse par un constat que les experts font depuis un moment déjà : « L’Algérie reste confrontée à des problèmes importants qui résultent de la chute des prix du pétrole. En dépit d’un assainissement considérable des finances publiques en 2017, les déficits budgétaires et courants demeurent élevés. »

L’institution de Bretton Woods préconise des réformes « structurelles ». « Quel que soit le policy-mix [le dosage macroéconomique en français, NDLR] retenu, il convient de mettre en œuvre des réformes structurelles essentielles dans les meilleurs délais pour encourager une économie plus diversifiée et tirée par le secteur privé, ainsi que de renforcer le cadre de fonctionnement des politiques économiques », assure-t-elle. En clair, le FMI alerte contre la nouvelle stratégie du gouvernement qui consiste à recourir « à la planche à billets. » « La nouvelle stratégie comporte de sérieux risques. Dans un environnement où les aléas extérieurs risquent d’entraîner une révision à la baisse des perspectives, la nouvelle stratégie pourrait exacerber encore les déséquilibres macroéconomiques, voire les tensions sociales », écrit noir sur blanc l’institution.

Des réformes structurelles jugées urgentes

Dans le pays, l’urgence des réformes structurelles fait l’unanimité. Celles-ci concernent notamment la révision de la fiscalité pétrolière et surtout ordinaire, l’amélioration du climat des affaires et la refonte de la structure des subventions. Les subventions des produits énergétiques, à elles seules, « représenteraient en Algérie 11 milliards de dollars par an, soit plus de 6 % du PIB », écrivait Abdelatif Benachenhou, qui citait une étude du Pnud dans L’Algérie, sortir de la crise, parue en 2015.

Dans cet ouvrage, ce professeur agrégé en sciences économiques et ancien ministre des Finances ajoutait que « cette politique de subvention est aussi importante que l’ignorance qu’en a le citoyen ». Aujourd’hui, le sujet ne constitue plus un tabou. Des membres de l’exécutif sensibilisent et évoquent la nécessité d’un ciblage efficace. En juillet, Mustapha Guitouni, actuel ministre de l’Énergie, précisait que les subventions ont conduit le groupe Sonelgaz à un « énorme endettement » qui atteint 1 600 milliards de dinars.

Aucune décision

Pourtant, aucune décision concrète n’a été prise pour remédier à la situation. Aucune échéance n’a été fixée pour l’entrée en vigueur d’une nouvelle politique dans ce domaine. Des départements ministériels, « épaulés par des experts de la Banque mondiale », ont, effectivement, travaillé durant près d’une année « sur la refonte de l’action sociale de l’État au profit d’un système de transfert monétaire au bénéfice des démunis », assure Liberté, qui cite des sources d’experts.

Selon le quotidien francophone, les premiers résultats de ce travail « devaient être annoncés en février dernier ». Sauf que la « communication a été renvoyée sine die pour des raisons – jusqu’ici – inexpliquées ». Ce n’est pas la première fois qu’une réforme est annoncée puis rangée dans un tiroir. « Rien ne sera entrepris avant l’élection présidentielle », pense un ancien responsable qui souhaite garder l’anonymat.

« Le temps politique n’est pas le temps économique »

Le temps politique n’est pas le temps économique. Certaines réformes dont la révision des subventions peut, en effet, exacerber les tensions. « On ne lance pas [des réformes structurelles] dans ce genre de contexte puisqu’elles entraîneraient des mécontentements, même si celles-ci sont absolument nécessaires dans un pays comme le nôtre », rappelle Rachid Grim, politologue. Les autorités « vont renvoyer leur mise en œuvre après l’échéance si toutefois elles sont obligatoires », ajoute-t-il.

Car si les cours du pétrole rebondissent, les décideurs « ne feront absolument rien », selon lui. « On n’a pas un pouvoir qui a le courage de prendre des décisions impopulaires. Il ne veut évidemment pas avoir la population dans la rue », indique le politologue, qui rappelle les premières manifestations du Printemps arabe dans la région et leurs conséquences. En ce mois d’août, la banque centrale du pays a renoué avec le mouvement de dépréciation du dinar. Sur le marché interbancaire des changes, un euro vaut désormais 135 dinars et un dollar 119 dinars.

Instabilité du marché pétrolier

« C’est la seule variable d’ajustement qui nous reste entre les mains », estime Mustapha Mekideche, économiste. Déprécier le dinar pour diminuer la pression sur la balance des paiements : « C’est une réforme structurelle qui ne dit pas son nom », poursuit cet expert international. Ce dernier rappelle l’épuisement du Fonds de régulation des recettes (FRR) et la baisse des réserves de change qui se sont établies à 94,53 milliards de dollars à la fin du premier semestre 2018. « On reporte [actuellement les réformes] parce qu’on a la possibilité de le faire », avance-t-il.

Pour l’instant, l’Algérie dispose encore des amortisseurs qui lui permettent de lancer ses réformes sans grandes difficultés et courir de grands risques. « Il va falloir faire ces réformes [structurelles] en mettant à profit cette période où on a encore des amortisseurs. On ne peut pas mettre tout le temps la poussière sous le tapis. À un moment, il y aura un contre-choc et on n’aura plus les amortisseurs nécessaires [pour y faire face] », explique Mustapha Mekideche.

L’instabilité du marché pétrolier ne laisse pas le choix à l’Algérie. « La scène énergétique et pétrolière est encore chamboulée avec la question de l’Iran [retour des sanctions américaines, NDLR]. On ne sait pas trop si l’offre iranienne va sortir de l’offre globale de l’Opep. Cela va créer une situation d’instabilité qui va d’ailleurs commencer chez nous avec la réunion de l’Opep prévue en septembre à Alger », note l’expert international.

Accélération de la cadence après 2019 ?

« C’est sûr qu’il n’y a pas de plan B », affirme Mustapha Mekideche, qui estime que le processus de mise en œuvre des réformes structurelles devrait s’accélérer en Algérie après l’élection présidentielle. « Si ce n’est pas en 2020, cela va être en 2029. Il ne faut pas oublier que les quantités exportables d’hydrocarbures diminuent. On exporte de moins en moins de pétrole brut et de gaz parce que notre consommation augmente et nos réserves diminuent, souligne-t-il. On a des marges de manœuvre qui se rétrécissent au fur et à mesure. »

Ferhat Aït Ali n’est pas du même avis. Cet expert financier est convaincu que le lancement des réformes structurelles ne sera pas à l’ordre du jour après l’élection présidentielle. « Durant ces trente dernières années, il y a eu plusieurs échéances. À chaque fois, on disait : ça ne sera pas avant 2009, pas avant 2014. Maintenant, on dit : pas avant 2019. Est-ce que ces personnes [décideurs] peuvent faire quoi que ce soit en 2019 ? Si mes souvenirs sont bons, ils étaient là en 2014. Moi, je dirais qu’il ne peut rien y avoir avant 2919 avec la composante politique actuelle », avance-t-il.

« Pourquoi l’artisan de l’échec deviendrait subitement par un effet de rédemption l’artisan de la réussite ? » s’interroge l’expert, qui estime que le « seul moyen de réformer l’économique dans ce pays est de réformer le politique ».

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