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Sud-Kivu: Une perdition sexuelle dans la prison centrale de Bukavu

Il y a déjà un bon temps, depuis que les détenus dans les prisons, font montre d’une immortalité alarmante. Aujourd’hui plus qu’hier, la prison centrale de Bukavu, est en train de devenir un lieu de jouissance sexuelle pour certains.


Nombreux sont ceux qui cherchent à satisfaire leur libido en ce lieu carcéral. Ce phénomène semble être étrange aux yeux de certains, et pourtant une réalité.

Et nombreuses femmes n’hésitent pas à visiter ce lieu carcéral. Elles se font passer pour des membres des familles des détenus et assiègent certains milieux carcéraux afin de satisfaire leur soif sexuelle.

Plusieurs sources attestent à CitizensMag que les détenus de plusieurs maisons carcérales du Sud- Kivu vivent en concubinage avec des femmes et filles qui viennent de plusieurs coins et recoins de la la province. Plusieurs femmes viennent en prison, non pas pour visiter les détenus, mais plutôt pour satisfaire leurs appétits sexuels.

Adamo K. (27 ans), condamné pour 5 ans braquage, est locataire de la prison centrale de Bukavu depuis deux ans déjà. Il raconte à notre source en ces termes : « Je n’ai pas été condamné à cinq ans de chasteté. Je suis humain et j’ai besoin de satisfaire mon corps sexuellement.

Pour moi, il n’est pas question de satisfaire mes désirs sexuels avec d’autres détenues. J’importe les femmes selon que j’en ai envie. Se transformant en visiteuses, elles me rendent visite intimement. À leur arrivée, je négocie avec notre capita général pour qu’on me laisse recevoir mes visiteuses dans l’intimité. Et là, on peut vivre des moments heureux avec celle qui est venue me voir. »

Quant à lui, Mister Afande, âgé de 33 ans, condamné à 15 ans de prison pour meurtre, révèle à CitizensMag : « Je me suis bien installé ici avec tout ce qu’il me faut. 15 ans, c’est toute une vie dans cette prison qui est devenue ma 2ème résidence. Il faut accepter cela, si non, on meurt. J’ai mon petit frigo. Je fais tout moi-même. Mais je suis aussi un homme et j’ai besoin de vivre. Je n’ai pas besoin de me masturber. Avant, je prenais les femmes parmi les détenues et je leur donnais la nourriture contre le sexe.

Ici, celui qui a à manger, a le dessus sur les autres. Chaque fois que j’avais besoin de faire l’amour, je prenais une. Maintenant, je peux importer du dehors. Elles sont nombreuses, ces jolies filles et femmes qui nous comprennent et qui viennent nous voir. Même dehors, la vie n’est pas aussi rose que vous pouvez le penser. Quand elles viennent, elles mangent ici et on fait l’amour. On leur trouve du transport et de quoi s’acheter le lait de beauté. »

Djo Pop Mobali (29 ans) condamné à 10 ans de prison pour association des malfaiteurs et escroquerie nous parle en ces mots :

« Tout le monde attend les jours de visite qui sont pour nous comme les jours de grands concerts, le jeudi et le dimanche. Ces deux jours nous permettent d’oublier notre vie ici et vivre l’amour comme tout le monde. On invite les femmes et filles. Elles se font passer pour des visiteuses mais en réalité elles viennent faire la prostitution.

Elles ont aussi besoin de vivre. On les paye bien. En tout cas, pour moi personnellement, j’adore ces deux jours. Je me perds dans la vie de la prison. Quand on a des moyens , on passe des commandes selon vos goûts et on paye la commission à celle qui vous a amené une belle moisson. C’est ça la vie. »

Da Souza (24 ans) condamnée pour coups et blessures graves à 2 ans fermes, confirme quant à elle ce qui suit : « avant, je pensais que dans la prison, on ne peut pas bouger mais, c’est le contraire. Des collègues vous connectent aux surveillants qui viennent vous chercher pour tel ou tel autre détenu. Avant de faire l’acte sexuel, certains détenus sont obligés de quitter la chambre et aller à l’extérieur de la cellule.

Ce sont ces personnes qui assurent aussi la garde à la porte pour que cet acte sexuel se passe dans un climat paisible. De fois, les mêmes gardes en profitent aussi avant de laisser partir l’homme. Bon, ils ne vous violent pas mais ils le font à tour de rôle. On ne s’en plaint pas. On est satisfaite. Qui peut rester pendant deux ans sans faire l’amour? »

Da Apho RDC Kitoko : « moi, ce qui m’énerve, c’est le fait que d’autres filles et femmes viennent de l’extérieur et nous cassent notre marché comme si dehors, il n’y avait plus d’hommes libres. Heureusement pour deux jours seulement. L’acte sexuel en prison nous permet aussi d’être propres car, il faut bien se soigner pour être invitée à faire l’amour. En plus, tu as du savon, de l’huile et même de quoi tresser les cheveux. »

Sans passivité, nous avions voulu savoir si ces contacts intimes se passent sans danger.

Interrogés par CitizensMag à ce sujet, ces derniers ont répondu en ces termes : « cela dépend d’une personne à une autre. Comme dehors. Certains utilisent les préservatifs, et d’autres non. »

Certains affirment que les gardiens de la prison qui, d’habitude, restent à l’extérieur ne sont toujours pas au courant de tout ce qui se passe à l’intérieur de la prison. D’autres, par contre, affirment qu’ils sont au courant et qu’ils facilitent aussi certains contacts avec l’extérieur.

Ils reconnaissent aussi qu’à l’intérieur de la prison, c’est un monde à part où il existe un code de conduite auquel le personnel du service pénitentiaire ne peut rien : « lorsque les gardiens ont une fuite d’information quant à ce, et qu’ils cherchent à intervenir, les détenus créent des troubles au sein de la prison. »

D’autres femmes détenues ont affirmé à CitizensMag qu’elles sont victimes de ces actes commis par certains membres du personnel pénitentiaire pour certains avantages et pour se sentir protégés.

Les retombées néfastes de ces actes immoraux

Jacques Biraha, frère d’une fille qui a eu deux enfants avec un détenu de la prison provinciale de Bukavu, raconte : « Il y a 4 ans, ma sœur a été engrossée par un homme qui vit depuis longtemps dans la grande prison. Au début, elle avait difficile à l’avouer mais la pression de la famille l’a poussée à avouer les faits. Déçus, mes parents l’avaient chassée de la maison mais quelques mois après elle est revenue chez nous. A notre grande surprise et fort malheureusement, elle est encore tombée enceinte de ce même individu. Elle nous a confirmé que cet homme est toujours en prison et que c’est là qu’ils ont des relations sexuelles. C’est pour nous une honte de savoir que notre fille fait des enfants avec un détenu. Cela reste un secret au sein de notre famille. Mais notre souhait est de voir la famille de cet homme récupérer leurs deux enfants et même leur belle fille en attendant que son mari soit libéré de la prison. »

Pour Théodore Musema, Conseiller chargé des questions pénitentiaires au ministère provincial de la justice, un détenu n’est privé que du droit de liberté mais les autres droits lui sont garantis. Il précise qu’il est difficile pour son ministère de connaître le motif de la visite de chaque visiteur qui se présente à la porte d’une prison. Il ajoute que dans d’autres pays, il est aménagé au sein des prisons des endroits dignes où les détenus reconnus comme mariés peuvent recevoir leurs femmes en toute intimité. Il promet néanmoins que son service va s’imprégner de la situation afin de limiter les conséquences qui découlent de cette situation.

Il y a lieu de signaler que cette prostitution tolérée est due, entre autre, au fait que les détenus vivent dans la promiscuité et dans l’oisiveté. Ils ne sont pas occupés par des travaux comme c’est le cas des prisonniers sous d’autres cieux. Fort malheureusement, cette attitude irresponsable expose également la communauté à des maladies sexuellement transmissibles dont le Sida, et cela, si bien au sein des prisons que dans la communauté.

Nombreux observateurs pensent que les autorités compétentes devraient réfléchir sur des voies et moyens qui peuvent réguler cette question.

Aux autorités ayant la gestion des prisons dans leurs attributions de tout mettre à l’œuvre pour concilier les besoins humains et les impératifs d’une sécurité sanitaire afin de protéger la population de la propagation des infections sexuellement transmissibles et du VIH/Sida.

Moïse BIN NGIMBI depuis Bukavu

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